Les études supérieures en tourisme doivent appuyer l’essor et le développement du secteur au moment où ce dernier fait face à de nombreuses mutations de son environnement concurrentiel. Le secteur éducatif doit être capable d’aider la France à devenir non pas une des premières destinations touristiques, ce qu’elle est déjà, mais une puissance touristique d’envergure. Ceci est d’autant plus important que le tourisme contribuera à l’avenir non seulement à devenir un fait social majeur de part la consommation qu’il génère, mais aussi à structurer le territoire et à renforcer l’image de la France dans le monde. Il convient donc d’orienter le débat sur la compétitivité des acteurs du tourisme et sur l’attractivité de la destination France. Dans ce cadre précis, il s’avère que le facteur humain devient un axe essentiel d’action. Comme le précise Daniel COHEN, dans ses Trois leçons sur la société post-industrielle (2006 – page 71), « L’université est au nouveau siècle ce que la firme fordiste était à l’ancien : l’institution qui fixe la matière première, le savoir et la formation, dont se nourrit le reste de la société ». C’est la raison pour laquelle nous posons la question de fond suivante : Quel avenir pour les études supérieures de tourisme en France ? Un triste constat s’impose : il y a pléthore de diplômes post-Bac inadaptés aux besoins des entreprises et au nouveau schéma européen des études (LMD). De plus, la recherche est le point faible du secteur en France car à être éparpillée au sein de structures variées, elle souffre d’une absence de visibilité. Qui s’en soucie ?
Une offre de formations post-Bac pléthorique…..
Les Brevets de Techniciens Supérieurs (BTS – Bac + 2) sont préparés par les Lycées publics ou privés, les chambres consulaires (qui délivrent également des certificats), les CFA et par de nombreux instituts ou écoles privées. La diversité des acteurs s’explique par la spécificité du BTS qui se déroule en épreuve nationale (comme le baccalauréat) ce qui élargit le spectre des centres de préparation possibles. Au niveau Bac+3, les Universités et les IUT délivrent des Licences professionnelles en diplôme terminal, les Diplômes de Guides interprètes, les Licences LMD en préparation au Master et certains diplômes d’université en complément de cursus. Deux académies (Toulouse et Versailles) proposent des préparations au concours de l’enseignement technique. Les chambres consulaires délivrent des titres certifiés et des certificats. Les écoles privées délivrent de diplômes européens voire des Bachelors lorsque le cursus est en anglais et qu’un accord a été signé avec une institution universitaire anglo-saxonne. Le niveau Bac + 4, depuis l’introduction du LMD, n’a plus beaucoup de légitimité au sein de l’Université. Les diplômes délivrés sont des diplômes intermédiaires (maîtrise) ou en voie d’extinction (Diplômes d’ingénieurs maîtres, MST) et à terme devraient se fondre dans le dispositif LMD. Les Universités dominent sur le créneau des Bac+5, ce qui n’empêche pas certaines grandes écoles des CCI de type SUP de Co. ou des Instituts spécialisés (Vatel) de proposer des Masters of Science et des MBA en bilingue avec des partenaires anglo-saxons. En résumé, l’offre de formation est concentrée à 86% sur la délivrance de diplômes à Bac +2 ou Bac+3, formant essentiellement des exécutants et des cadres opérationnels et relativement moins de cadres supérieurs.
Un secteur peu attractif
Le secteur est connu pour mal rémunérer ses collaborateurs et engendrer une certaine frustration et un fort nomadisme chez les employés, faute de capacité d’évolution. Pour ne pas accroître les frustrations, sachant que la structure de l’emploi du secteur est de 80% au niveau Bac, 15% au niveau Bac + 2/3 et 5% au niveau Master, il importe en amont de renforcer l’attractivité des filières de formation pré-Bac (CAP - Bac Pro) afin que les étudiants n’aient pas la tentation de poursuivre coûte que coûte des études. D’ailleurs de nombreux débouchés existent dans le secteur du tourisme pour ces profils. Par ailleurs, au niveau post Bac, il convient de tenir compte de l’évolution irréversible du secteur. Les TIC et les modes de communication font que la dimension humaine dans la gestion des activités du tourisme va diminuer en importance au profit de personnels ayant des qualifications à fort contenu technologique et rompus à la dimension internationale. Il convient donc de repenser le niveau intermédiaire entre le Bac et le Master.
Que faire ?
L’objectif, à terme, serait de supprimer le BTS (un Bac+2 qui n’est plus pertinent dans le cadre du LMD) et de monter les études supérieures en tourisme au grade de la Licence. Les deux premières années auraient une vocation généraliste (L1 et L2) permettant aux étudiants d’acquérir un solide niveau de culture générale et la dernière année (L3) serait une année de spécialisation permettant aux étudiants de s’orienter vers une Licence professionnelle ou vers une Licence préparant au Master. Cette nouvelle architecture des études permettrait d’adapter les qualifications des jeunes diplômés tant aux responsabilités ils peuvent exercer qu’aux rémunérations auxquelles ils peuvent prétendre.
Auteur : NF
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